La voiture
Pourquoi les meilleures inventions créent de nouveaux problèmes
La voiture a été inventée pour régler un problème de pollution.
Cela paraît lunaire quand on le dit, et pourtant c’est bien cela qu’il s’agit.
A la fin du XIXe siècles, Paris (comme Londres, New York…) ont un sérieux problème de pollution. Toutes croulent sous le crottin des chevaux.
Chaque jour, ce sont 800 kg de crottin qui sont ramassés dans Paris. Sans robot bien entendu : pelle et balayette.
Il faut résoudre ce fléau sanitaire. C’était cela, le problème utilisateur.
Et pour le résoudre, il faudrait un véhicule qui se déplace seul, sans générer de crottin, un moyen de transport qui soit auto-mobile…
La voiture rencontre un succès immédiat. Les utilisateurs sont satisfaits et le crottin disparaît des chaussées.
Problème résolu !
Comme la très grande majorité des produits, quand ils sont créés, c’est pour répondre à une problématique.
Sauf que… quand ces produits rencontrent un immense succès, les petites externalités négatives se démultiplient.
Et la démultiplication des usages agit comme un effet loupe sur ces petites externalités négatives…
“Oui il y a ce petit nuage noir derrière, mais ça donne son charme, et puis il y a si peu de voitures, ça ne dérange pas !”
Avec Ford, le prix des voitures descend, en faisant un produit plus accessible.
Les ventes augmentent. Les routes, panneaux et cartes se multiplient.
Comme l’expérience est facilitée, on peut habiter un pavillon un peu plus loin de la ville.
Et aller faire ses courses un peu plus loin aussi. Et on pourrait profiter de l’été pour partir découvrir des régions éloignées…
C’est l'effet rebond.
Les bénéfices (ici environnementaux) sont sensiblement diminués ou annulés par une augmentation de la consommation ou une modification des usages. On roule plus, on roule pour les petits et grands trajets. Résultat : la petite fumée noire du début s’est transformée en colossal problème de CO2 et de micro-particules, on est dépendant énergétiquement, les villes se sont bétonnées, …
En résumé, on peut dire aujourd’hui que l’invention de la voiture a parfaitement résolu la problème de crottin. Mais, faute de vision globale (et d’avoir imaginé l’adoption planétaire qui a suivi) a contribué à créer une crise écologique bien plus lourde.
Mais grâce aux lois qui se mettent lentement en place, on perçoit les progrès réalisés : une voiture moderne émet 25 fois moins de polluants directs qu'un modèle des années 1980.
Les leçons de l’Histoire
La grande majorité des produits résoud un vrai problème utilisateur.
Et un produit durable anticipe aussi les externalités qu’il génère.
"On le sait, tout ça, on ne le referait plus !"
... Et bien, on est à un moment un peu similaire avec l’IA :
✅ Elle nous simplifie la vie,
✅ Elle répond à de vrais problèmes, et c’est un outil fantastique !
Nous sommes responsables de nos produits, de leur impact utilisateur, de leur réussite business.
Et aussi de leur impact.
Anticipons les conséquences dès maintenant.
Pensons à l’expérience globale, pas seulement à l’impact immédiat.
La prochaine fois qu’on célèbre une “incroyable feature” ou une “avancée majeure voire révolutionnaire”, n’hésitons pas à nous demander : “Est-ce qu’on est en train de résoudre le problème ou de le déplacer ?”
▶ Anticiper le succès et ses effets de bord
Si un million de personnes utilisent notre produit dix fois par jour, quel petit défaut technique ou bug de conception actuel se transformera en un problème bloquant majeur ?
Avons-nous listé les effets de bord négatifs (perte de temps, surconsommation de serveurs, pollution, …) que notre produit pourrait générer à grande échelle ?
▶ Choisir l’outil adapté à ses besoins (viser la sobriété plutôt que l’usine à gaz)
La solution technique est-elle exactement proportionnée au problème ?
À quoi ressemblerait une version épurée de ce projet qui nous permettrait de livrer de la valeur deux fois plus vite ?
À combien s'élèveraient les économies réalisées chaque mois (facture cloud, serveurs, maintenance en temps homme...) d'une architecture plus légère ?
▶ Agir avant la régulation
Si on devait écoper d'une amende ou d'une mauvaise publicité pour non-conformité, comment réagiraient nos utilisateurs et notre marque y survivrait-elle ?
À combien s'évaluerait le coût d'un chantier mené dans l'urgence par rapport à des ajustements progressifs qu'on intégrerait dès aujourd'hui dans notre quotidien ?
Si une nouvelle loi nous imposait demain de réduire de moitié notre impact (en données, en énergie ou en déchets), qu'est-ce qu'on devrait changer en priorité pour que notre projet tienne le coup ?
Pour s’y mettre
Une matrice de priorisation mêlant business et éco-responsabilité
Pour continuer à innover tout en intégrant ces enjeux, découvrez la matrice de priorisation LUV-MEE© avec son calculateur d’éco-impact.
Comment l’utiliser ?
Il suffit de suivre ce module de formation gratuit : en une heure, vous découvrez comment calculer un score d’éco-impact, un score de conformité, et comment les intégrer dans une matrice de priorisation au même titre que les valeurs business et utilisateurs.
Le module est vraiment conçu pour être engageant et concret, pour vous être utile dans votre quotidien métier !
On pourra tous bientôt célébrer nos "innovations majeures et responsables" 💚

